Littérature comme vie - le surréalisme selon Carlo Bo more« Littérature comme vie : le surréalisme selon Carlo Bo », in Critique littéraire et littérature européenne. Enjeux et défis, sous la direction de Peter Schnyder et Tania Collani, 2010, p. 123-135,ISBN 9782296087613 |
8 views |
Daniel Cohen éditeur www.editionsorizons.com Universités - Domarne littéraire Collection dirigée par Peter Schnyder
Conseillers scientifiques : Jacqueline Bel - Université du Littoral Còte d'Opale - Boulogne-sur-Mer • Peter Andre Bloch - Université de Haute-Alsace - Mulhouse • Jean Bollack - Paris • Jad Hatem - Université Saint-Joseph - Beyrouth • Eric Marty - Université de Paris 7 • Jean-Pierre Thomas - Université York - Toronto - Ontario • Erika Tunner - Université de Paris 12. La collection « Universités / Domaine littéraire » poursuit les buts suivants \favoriser la recherche universitaire et académique de quali té ; valoriser cette recherche par la publication régulière d'ouvrages ; permettre a des spécialistes, qu'ils soient chercheurs reconnus ou jeunes docteurs, de développer leurs points de vue ; mettre a portée de la main du public interesse de grandes synthèses sur des thématiques littéraires générales. Elle cherche a accroìtre l'échange des idées dans le domarne de la critique littéraire ; promouvoir la connaissance des écrivains anciens et modernes ; familiariser le public avec des auteurs peu connus ou pas encore connus. La finalité de sa démarche est de contribuer a dynamiser la réflexion sur les littératures européennes et ainsi témoigner de la vitalité du domaine littéraire et de la transmission des savoirs.
Critique littéraire et littérature européenne
ISBN: 978-2-296-08761-3 © Orizons, diffuse et distribué par L'Harmattan, 2010
Dans la méme collection
• Sous la direction de PETER SCHNYDER : L'Homme-livre. Des hommes et des livres - de I'Antiquitéau XXf siede, 2007. Temps et Roman. Évolutions de la temporalité dans le roman européen du XXe siede, 2007. Métamorphoses du mythe. Réécritures anciennes et modernes des mythes antiques, 2008. • Sous la direction de TANIA COLLANI et de PETER SCHNYDER : Seuils et Rites, Littérature et Culture, 2009. Critique littéraire et littérature européenne, 2010.
• Sous la direction d'ANNE BANDRY-ScUBBi :
Sous la direction de
Tania Collani et Peter Schnyder
Èducation - Culture - Littérature, 2008. • Sous la direction de Lue FRAISSE, de GILBERT SCHRENCK et de MICHEL
STANESCOf :
Tradition et modernité en Littérature, 2009. • Sous la direction de CRETA KOMUR-THILLOY : Presse écrite et discours rapporté, Théorie et pratique, 2009. • Sous la direction d'ÉRic LYSOE : Signes defeu, 2009. • Sous la direction de GEORGES FRÉDÉRIC MANCHE : Désirs énigmatiques, Attirances combattues, Répulsions douloureuses, Dédains fabriqués, 2009.
Critique littéraire et littérature européenne
• ANNE PROUTEAU, Albert Camus ou le présent impérissable, 2008. • ROBERTO POMA, Magie et guérison, 2009. • FRÉDÉRIQUE TOUDOIRE-SURLAPIERRE - NICOLAS SURLAPIERRE, Edvard Munch - Francis Bacon, images du corps, 2009. • MICHEL ARCUIMI, Arthur Rimbaud a la lumière de C.F. Ramuz et d'Henry Bosco, 2009. • FRANCOIS LABBÉ, Querelle du fran^ais a Berlin avant la Révolution franose, 2009. • GIANFRANCO STROPPIIVI DE FOCARA, L'amour chez Virgile : Les Bucoliques, 2009. D'autres titres sont en préparation.
.**;
2010
Peter Andre Bloch
hocliquc au licu de reagir aux vraies exigences de sa proprc rcsponsatc Face a cc monde en danger11. Dans une large mesure, Walter Muschg est parti des résultats ex>rdinaires de la psychanalyse freudienne et de la psychologie des protleurs de Jung pour arriver a une autre compréhension de la littérature : peurs et des obsessions qui déclenchent souvent le travaii artistique, a quctc du bonheur et de la volente de réaliser ses réves et ses désirs e se documenter pour échapper aux limitations imposées par le temps c'space. Il a critiqué la profanation de l'écriture a des fins politiques ationalistes, mais il s'est aussi oppose aux expériences dites scientiics qui se perdent dans des recherches méthodologiques, didactiques pédagogiques pour donner de la valeur a la littérature sans se rendre ipte du sens existentiel qu'elle porte en elle-méme. Si Muschg vise les s conscients du nazisme et des idéologues philosophiques, il a souI rccouru aux méthodes francaises de l'explication de texte où il a ivc bien des inspirations et des confirmations pour son argumentation :ritique vaillant et d'analyste différencié. C'est une des raisons pour [iicllcs ses textes ont toujours une fraicheur inégalée et la verve d'une ipréhension intuitive. Muschg formule ses jugements selon des critères 1 emprunte a la littérature méme, et non pas a d'autres instances tiques, philosophiques, sociologiques, théologiques ou esthétiques -, s a l'imagination créatrice qui est a l'origine méme de la composition '(cuvre : du développement de la thématique et de sa mise en forme : Ics moyens et les connaissances dont dispose l'auteur. Et ce sera a noment-là qu'interviendront les autres critères pour ajouter d'autres irmations importantes, supplémentaires, biographiques ou linguisies, historiques et génériques, qui compléteront cette reconnaissance '(cuvre, qui reste en soi illimitée, bien sur12.
ILLE - Insti/ut de recherche en langues et littératures européennes Universi té de Haute-Alsace
La littérature comme la vie : le surréalisme selon Carlo Bo
TANTA COLLANT
C
Voir « "Immer schneller jagen sich die Ismen". Ein Beitrag zur Diskussion ùber die moderne Literatur », Die Well, 24 dèe. 1964, p. 713. Voir « Walter Muschg - Vertreter einer engagierten Schweizer Literaturkritik. Versuch i;iiics wissenschaftlichen Portrats aus den Krisenzeiten des Faschismus und des kalten Krfegee », suivi de « Walter Muschg aus der Sicht des Studenten », a paraìtre dans les Ai-Ics du Colloque Littératures suisses, organisé a l'Université de Leipzig par Christa C ìriunii, Use Nagelschmidt, Ludwig Stockinger, 2008.
arlo Bo a été un critiqué littéraire qui a parcouru a travers ses lectures illuminées, attentives et passionnées la littérature européenne a partir des années trente ; il a été fondateur de l'Université d'Urbino, qu'il a présidée de 1947 a 2001, l'année de sa mort ; en 1984 il est nommé sénateur a vie par le président de la République Sandro Pertini. Né en 1911 a Sestri Levante, en Ligurie, Bo commence ses études en lettres classiques, puis frequente l'université a Florence, où il change de direction, en préférant les lettres modernes - il écrira notamment un mémoire sur Huysmans en 1934. Il faut situer dans cette période sa fréquentation de l'anime milieu littéraire florentin, qui comptait, parmi d'autres, la présence de Giovanni Papini, Giuseppe Ungaretti, Mario Luzi, Tommaso Landolfi, Eugenio Montale et Carlo Emilio Gadda. A partir donc du milieu des années trente, Carlo Bo se consacre a la découverte, a la critiqué littéraire éclectique et erudite du monde contemporain et, plus particulièrement, de l'Europe contemporaine. Il lit tous les principaux critiques - Marcel Raymond, Ernst Robert Curtius, Gaston Bachelard -, dont il cite souvent les travaux et les positions. Entre 1937 et 1938, il fait connaìtre Garcia Lorca en Italie ; il integre la revue // Frontespizio comme spécialiste de littérature slave ; il écrit plusieurs articles sur des écrivains anglais, entre autres sur Virginia Woolf et Katherine Mansfield, dont il est l'un des premiers tenants, alors que le rédacteur du journal, Piero Bargellini, ne craignait pas de montrer sa méfiance vis-a-vis
M
idtll
Le sufréolistnt scio// Carlo Ilo
L'S fcmmes intellectuelles, surtout lorsqu'clles claicnl anglaises 1 . Mais Ics omaincs qui ont principalement occupò la critiquc de Ciarlo Bo ont été s littératures italienne et francaise : Bo découvre et admire les poètes et •rivains de son pays - si nous avons déjà évoqué l'importance de figures >mme Luzi et Ungaretti, il faudra aussi citer des noms de poètes tels que ino Campana et Salvatore Quasimodo. C'est toujours Carlo Bo qui salue witivement la publication du Guépardde Giuseppe Tornasi di Lampeducn 1958, alors que plusieurs grandes maisons d'édition italiennes avaient '•jà refusé le manuscrit. Et, en grand passionné de littérature francaise, il >nsacre plusieurs articles et anthologies aux auteurs transalpins. S'il était se/ simple de se mettre du còte d'auteurs comme Eluard, Apollinaire i Michaux, il fallait étre en revanche beaucoup plus courageux pour connaìtre la valeur de Rene Char, Andre Frénaud, Julien Gracq, Pierre nmanuel et, surtout, des surréalistes.
La difficulté d'une rencontre
i rencontre entre le critique Carlo Bo et le surréalisme n'était aucumcnt evidente, en raison surtout de trois aspects qui auraient pu rendre rapport conflictuel ou, en tout cas, fort invraisemblable : le catholicisme, méfiance du panorama intellectuel italien et les conflits idéologiques tre intellectuels francais et italiens. L'anticléricalisme du mouvement surrealiste est célèbre, tant du té de la production critique que du còte de la production littéraire - les vrages de Péret, Crevel ou Desnos, par exemple, dressent des portraits religieux assez éloquents. Carlo Bo était au contraire un catholique, qui ivait non plus de pudeur a afficher son penchant spirituel, comme le mentre sa correspondance2, mais aussi le choix de ses auteurs d'élection lont Maritain, Bernanos, Du Bos, Mauriac et Claudel. Néanmoins, Carlo
Voir la correspondance entre Bo et Bargellini comprise entre 1934 et 1937 recueillie diins le volume Piero Bargellini et Carlo Bo, // Tempo de « 11 Frontespizio ». Carteggio (IVW-194)), ed. L. Bedeschi, Milano, San Paolo, 1998. ( '.onsidérons par exemple la lettre que Bargellini écrit a Carlo Bo (La Verna, io octobre l'Wì), a propos de sa fagon de taire de la critique littéraire : « La tua non è abilità critica o sensibilità d'occhio. È capacità d'anima. Perciò, contro tutti coloro che ti vorrebbero fuori dal cattolicesimo, io insisto a dire che ci sei dentro. E cosa può esser mai il cattolicesimo se non questa capacità di vivere in comunione con l'anima ? I settati sono coloro che hanno bisogno di dividere e rifiutare, gli csteti sono settari, veri farisei dell'arte e tu hai capito, sepolcri imbiancati, e lo hai detto nel tuo articolo sulla critica » (ibid,, p. 297).
Bo consacre un nombre consistant d'études au surréalisme, des études rarement citées et jamais rééditées (exception faite de quelques articles), mais dans lesquelles il ne diminuait pas l'importance du mouvement de Breton, comme le faisait la plupart des critiques italiens. Au contraire, Carlo Bo reconnaìt tout de suite dans le surréalisme, ainsi que dans les écrits critiques de Breton, une vraie source de poesie. C'est précisément dans cette « vocation » a la poesie pure, qui arrive non censurée de l'àme ou de l'inconscient, selon les positions, que nous devrons rechercher les bases de cette entente. L'accès direct a la littérature francaise est certainement un facteur fondamental pour la liberté d'approche du critique : Carlo Bo ne passait pas, comme beaucoup d'autres collègues italiens, a travers le filtre d'un nombre limite d'intellectuels qui entretenaient des liens privilégiés avec la France et qui avaient une grande influence au niveau du panorama littéraire italien. Les critiques littéraires étaient généralement très hostiles aux positions du surréalisme communiste et freudien d'Andre Breton. Il faut rappeler que l'Italie vit dans les années vingt un retour a l'ordre, politique et artistique, après la saison avant-gardiste très precoce du futurisme. Ardengo Soffici, ancien futuriste de Florence et critique attentif aux nouveautés francaises, parie du surréalisme en termes de « bétises décadentistes »3. Méme l'ami de Carlo Bo, Giuseppe Ungaretti ne se prononce pas en faveur du mouvement. Il rencontre personnellement Andre Breton, qu'il admire surtout sur le pian humain ; mais sa méfiance envers la discipline de Freud l'empéche de prendre la défense de l'intellectuel. En 1931, le poète italien écrit : « Breton reste pour moi, avec son réve de "conducteur d'hommes", un étre émouvant. Ce ne sont pas ses idées - les idées, de la bétise ! - mais la violence du sang, qui m'attire en lui »4. L'orientation catholique de Carlo Bo contribuerait donc a l'éloigner des positions surréalistes. Par ailleurs le milieu intellectuel italien environnant ne favorise pas son penchant. A tout cela, il faut ajouter la distance idéologique qui éloignait deux pays comme la France et l'Italie a cette époque. Certes, le milieu catholique et intellectuel italien entretient des rapports flous avec le fascisme, surtout dans les années trente. En effet plusieurs étudiants qui fréquentaient l'université publique étaient en
3, Ardengo Soffici, « Cafoneria », L'Italiano : Periadico della rivoluzione fascista, 12 mai 1929, p. 3 : « amenità e spiritosaggini decadentistiche e "fumistiche" dei fantasisti e surrealisti parigini ». Giuseppe Ungaretti, « Histoire de Dada », La Nouvelle Revue Francaise, aoùt 1931, p. 328.
4.
126
/ 'aitili ( '.(illuni
•lo/i Carlo Ho
127
mèine tcmps inscrits a des groupcs universitaires du regime ; et plusieurs polémiques ont été soulevées a propos de l'atlhésion de Carlo Bo luimcmc, avec toute la future intelligentsia anti-fasciste italienne. En laissant ccs questions aux historiens, qui ont une connaissance plus objective de hi documentation inhérente, nous voulons souligner que, du point de vue des choix littéraires, Carlo Bo fut l'un des très rares intellectuels italiens qui sut regarder au-delà des questions de sympathie purement politique, pour chercher des motivations plus strictement littéraires, donc « vitales ». Une conciliation qui dut dépasser non seulement les différentes prises de position idéologiques européennes, mais aussi les différents courants du carholicisme européen ; il suffit de considérer, par exemple, le directeur du Frontespizio, Piero Bargellini, qui refusa de publier un article de Carlo Bo sur Maritain en raison des propos que la « gauche catholique » francaise ivait tenus contre l'Italie dans l'affaire de l'Ethiopie5. Ce portrait sommaire du contexte historique et culturel dans lequel e critique littéraire Carlo Bo travaillait, devrait mieux nous faire com>rendre l'originalité de sa lecture, dans une période fortement hostile aux nivertures et aux concessions.
Le surréalisme selon Carlo Bo
]omme nous l'avons déjà dit, la réflexion de Carlo Bo sur le surréalisme ie se limite pas a un ou deux comptes-rendus. Entre 1934 et 1952, Carlo Bo onsacre deux ouvrages au surréalisme (une anthologie du surréalisme et n bilan du surréalisme6), ainsi qu'un nombre non négligeable d'articles7 t des publications qui prouvent que l'appréciation de Carlo Bo en tant uè critique littéraire du surréalisme ne se limite pas a un coup de foudre assager, puisqu'elle s'étale sur une vingtaine d'années.
Nous avons aussi évoqué le fait que Carlo Bo accède directement aux publications en francais, en contournant le filtre de la critique littéraire italienne. Il a donc accès aux sources primaires, mais aussi aux sources secondaires. Plus précisément, Carlo Bo construit sa vision du surréalisme sur la base de deux lectures : celle de Marcel Raymond, De Baudelaire au Surréalisme (1933) et celle de Georges Hugnet, Pelile Anthologie poéttque du surréalisme (1934). Tout en ayant recours a des ouvrages de critique littéraire sur le mouvement provenant de toute l'Europe8, Carlo Bo fait de fréquentes références a Raymond et Hugnet, méme s'il s'agit de deux ouvrages fort différents l'un de l'autre. L'écart qui existe entre l'ouvrage de Raymond et l'ouvrage de Hugnet est un écart d'approche : Carlo Bo repère dans ces deux ouvrages deux facons complètement différentes de faire de la critique. D'une part, il y a l'ouvrage de Raymond, ceuvre d'un critique littéraire a proprement parler, capable de fournir une lecture cohérente et complexe d'une époque, en ouvrant une piste toute fondée sur des critères poétiques. Marcel Raymond se pose en « spectateur » attentif et saisit le courant qui anime le mouvement de Breton, comme Carlo Bo l'écrit en 1933, en soulignant que le mérite du professeur suisse réside dans le fait « d'avoir compris le problème centrai d'une poesie excellente, d'avoir compris ce que disaient les voix des poètes [...] d'avoir trace une ligne - une ligne de la vie spirituelle - qui des Fleurs du mal arrive jusqu'à nous »9. D'autre part, il y a l'ouvrage et la facon de faire de la critique de Hugnet. Si Carlo Bo apprécie chez Raymond sa compréhension de l'enjeu de la vie spirituelle dans la poesie, le fait d'avoir compris les voix des poètes en se posant comme « spectateur » attentif et ouvert, il trouve dans l'ouvrage de Hugnet une approche diamétralement opposée : Hugnet n'est pas un « spectateur », il écrit comme un militant
8. Cf. Piero Bargellini et Carlo Bo, op. cit., p. 227. Antologia del Surrealismo, Milano, Edizioni di Uomo, 1944 et Bilancio del surrealismo, Padova, Cedam, 1944. « Riconoscenza della poesia », II Frontespizio, n° i, 1934, p. 8-10 ; « Nota sul surrealismo », Circoli, voi. v, n°2, avril 1935, p. 217-223 ; « Recentissime sul surrealismo », // Frontespìzio, mars 1937 ; « Letture francesi (Frammenti di giornale) », Circoli, n° 3, mai 1937 ; Compte-rendu de L'Amourfou, Letteratura, n° 4, 1937, p. 176-177 ; Article in Prospettive. Il Surrealismo e l'Italia, dir. Curzio Malaparte, 15 janvier 1940 ; « Storia e motivi del surrealismo » [1935-1937], in Saggi per una letteratura, con una lunga appendice, Brescia, Morcelliana, 1946,317-341 ; « La poesia e il surrealismo dopo la guerra » 11947], in Nuova poesia francese, Milano, Guanda, 1952, p. LIV-LXXV.
9.
Dans ses études nous pouvons trouver des références a des ouvrages contemporains rédigés en suédois, francais, anglais, etc... Farmi d'autres, nous trouvons : Jean Cazaux, Surréalisme et psychologie, Paris, Corti, 1938 ; Fransk surrealism, numero special de la revue suédoise Spektrum, 1933 ; David Gascoyne, A short Survey of Surrealism, Londres, Cobden-Sanderson, 1935 ; Julien Lévy, Surrealism, New York, The Black Sun Press, 1936 ; Guy Mangeot, Histoire du surréalisme, Bruxelles, Rene Henriquez, 1934 ; Herbert Read, Surrealism, Londres, Faber and Faber, 1936 ; Jean Topass, La Pensée en révolte (Essai sur le Surréalisme), Bruxelles, Ed. Henriquez, 1935 Carlo Bo, Diario aperto e chiuso, Milano, Edizioni di uomo, 1945, p. 76. Date de décembre 1933 : « .. .nell'aver compreso il problema centrale di così eccellente poesia, di aver capito che cosa dicessero le voci di tanti poeti [...] aver segnato una linea — una linea della vita spirituale — che dalle Fleurs du mal arriva fino a noi ». Toutes les traductions soni de nous ; italiques de l'auteur.
I2K
'l'uniti ('.oliimi
129
surrealiste et, plus précisément, un militant du surréalisme révolutionnaire ^•ngagc. En effet, Bo écrit a propos de l'anthologie de Hugnct que son but
n'est pas celui d'offrir aux lecteurs des prétextes pour des variations et sondages en des zones préétablies, il veut ètre seulement un document de cette activité secondaire des surréalistes, selon lesquels le plus grand travaii réside dans la libération de l'homme10.
La remarque de Carlo Bo est ici pertinente, parce que le volume .le Hugnet reflète, au niveau du choix des auteurs, les positions du mou/cment ; en effet, dans le florilège de textes littéraires, le lecteur ne trouvera iiicune contribution de Robert Desnos ou Michel Leiris, par exemple, >our la simple raison qu'en 1934 ils avaient déjà été expulsés du groupe. Jne contrainte qui ne touche pas Marcel Raymond, qui, quant a lui, .-onsacre aussi des pages a ces auteurs transfuges, également désignés par 'appellation « surréalistes ». Encore une fois, l'objectivité et la spontanéité du critique vis-a-vis de ;on objet d'étude dépend entièrement de sa distance et de sa connaissance les dynamiques de Pobjet : si Carlo Bo pouvait se permettre de parler du iiirréalisme en Italie, c'était aussi gràce a Pexemple de Raymond, qui sut >arler de surréalisme sans étre pris dans la cage du militantisme.
Pour comprendre le ròle que le lecteur prend au sein de la réflexion de Carlo Bo, il faut évoquer que, dans la méme période qui va de la fin des années trente aux années quarante, période très dense pour l'étude du surréalisme, le critique italien consacre aussi un ouvrage a la lecture, Della lettura [De la lecture] (1942). Dans cet ouvrage, Carlo Bo dessine le portait du lecteur herméneute par excellence, celui qui est ouvert et qui a déjà résolu ses conflits et ses questions d'identité. C'est dans ce contexte qu'il écrit :
... il vaut mieux se méfier des lectures précipitées et offertes comme une fausse justification de ses impressions : on ne doit pas confirmer un préjugé avec un jugement anticipé et souvent déterminé seulement par une fausse lecture. Pour nous le lecteur plus sur est encore celui qui veut distinguer, dans l'opération interpretative, les points d'appui de sa polémique : une lecture intéressée signerait un acte de trahison, une spéculation basse sur sa propre histoire intellectuelle".
La littérature comme la vie
^a récurrence de certains termes dans la lecture de Carlo Bo mérite l'ou'erture d'une parenthèse explicative, qui sera d'autant plus nécessaire >our comprendre la position du critique littéraire vis-a-vis du surréalisme. >arlo Bo met souvent en évidence le ròle du spectateur et du lecteur d'une >art, deux figures qui devraient représenter la position du critique littéaire, éloignée et disponible. En méme temps, il souligne l'importance de A voix et de la vie, qui se positionnent plutòt du còte du poète ; ce dernier levrait pouvoir transmettre aux lecteurs cette vibration lyrique et vitale travers sa poesie. Dans cette perspective, la littérature serait le courant |ui s'établit entre ces deux figures du système.
Or, cette réflexion sur le ròle du lecteur et du critique est fondamentale pour justifier le naturel avec lequel Bo avoue son intérét pour le surréalisme poétique, en arrivant aisément a le séparer de son còte plus proprement social et idéologique. Dans son Anthologie du surréalisme de 1944, Bo reviendra sur l'importance de la posture du lecteur pour l'interprétation littéraire. Dans son opinion, le lecteur doit s'abandonner « au premier courant des mots, aux premières lumières des attitudes vitales dans cette poesie [surrealiste] »12. Si Carlo Bo tient a definir tous les actants qui constituent la création et la reception de la littérature, c'est parce qu'il a une idèe très haute de la littérature : selon lui, derrière la rédaction de la littérature, il y a des motivations puissantes, vitales, qui ne doivent pas étre confondues avec la vente de livres a succès. Et s'il est très exigeant quant aux motivations de la littérature, il ne l'est pas moins vis-a-vis du lecteur qui, s'il veut étre digne de cette littérature, devra « multiplier sa lecture par l'ensemble des
0. Carlo Bo « Storia e motivi del surrealismo - I » [1935], in Saggi per una letteratura, con una lunga appendice, Brescia, Morcelliana, 1946, p. 325 : « Lo scopo dell'antologia non è quello di offrire ai lettori pretesti di variazioni e sondaggi in certe determinate /one, vuole soltanto essere un documento di questa secondaria attività dei surrealisti, per i quali il maggior lavoro sta nella liberazione dell'uomo ».
11. Carlo Bo, Della lettura [Padova, Cedam, 1942], Urbino, Quattroventi, 1987, p. 8 : « . . . conviene diffidare delle letture affannose e offerte come falsa giustificazione alle proprie impressioni : non si deve convalidare un pregiudizio con un giudizio anticipato e spesse volte determinato soltanto da una falsa lettura, da una piega sentimentale della lettura. Per noi il lettore più sicuro è ancora quello che vuole distinguere nell'operazione interpretativa gli appigli della propria polemica : una lettura interessata in questo senso segna un atto di tradimento, una speculazione bassa della propria vicenda intellettuale ». 12. Carlo Bo, Antologia del Surrealismo, Milano, Edizioni di Uomo, 1944, p. VII : « alla prima corrente delle parole, alle prime luci degli atteggiamenti vitali di questa poesia ».
50
I ti//iti (-olitini
• surrealismi .ve/o// darlo Ilo 131
ntentions du poète, sur la base des conditions atixquelles le poète est oumis, sur la base de la différence des résultats, de la corruptibilité des nots »". En reprenani la célèbre phrase de Lautréamont, il continue : ( la poesie doit étre faite par tous et le lecteur doit connaìtre les mémes ouffrances que le poète »14. Sur ces bases, Carlo Bo propose la littérature urréaliste au public italien, en s'adressant a un lecteur mùr, c'est-à-dire ni lecteur capable de distinguer la cause de l'effet, le mouvement de la ittérature, ce que Breton écrit au niveau de la création littéraire et ce qu'il èdige au niveau des interventions idéologiques et théoriques. En effet, >our le critique italien, il ne faut pas se faire dévier par les affirmations, cs erreurs, les prises de direction d'un moment, parce que le but des surcalisles « est plus haut que celui annoncé dans la sèrie de leurs manifestes •t dans leurs pages d'action »15. Il faut par conséquent rechercher la motivation pour promouvoir la >roduction littéraire surrealiste dans ce portrait de vrais poètes que Carlo Jo entrevoit derrière la facade engagée des jeunes intellectuels. Lorsque le ien entre raison et création commence a devenir évident, notamment avec il publication de « Limites-non frontières du surréalisme » (l93?) de Breon, Carlo Bo abandonne toute réserve, et écrit a propos du mouvement |u'il « a touché deux sommets de pure raison créatrice »16. A partir de e moment, il appliquera au surréalisme tous les termes qu'il utilise chez l'autres grands auteurs qu'il aime, comme Ungaretti, dont le concepì de : littérature comme vie », qui est a l'origine contenu dans une étude pu>liée en 1938 et intitulée « Dimora della poesia » [Demeure de la poesie]. Les dates sont évidemment très significatives : la définition de la : littérature comme vie » arrive en 1938, quand Carlo Bo était au milieu de cs recherches sur le mouvement surrealiste et une année après la publiation de l'article de Breton. Il s'agit certes, d'un concepì que l'auteur a nùri aussi durant les années précédenies, comme le lémoigne un passage
5. Ihid., p. x-xi : « Un lettore dunque è qui stretto da una serie di prove inerenti all'interno del testo, la sua lettura dev'essere doppia, tripla, deve moltiplicarsi per la somma delle intenzioni del poeta, per le condizioni a cui il poeta è sottosta, per la differenza dei risultati, per la corruttibilità delle parole ». 4. ìhid., p. XI : « Ma ancora qui la profezia di Lautréamont interviene con tutta la sua prepotenza, col fulgore della sua assoluta novità : la poesia dev'essere scontata da tutti e il lettore deve conoscere le stesse sofferenze del poeta ». 5. Ihid., p. X : « II compito a loro insaputa è molto più alto di quello denunciato nella serie dei loro manifesti e delle loro pagine d'azione ». (i. Carlo Bo, Nuova poesia francese, Milano, Guanda, 1952, p. LXVI-LXVII : « [il surrealismo] ha toccato due vette di pura ragione créatrice ».
d'une elude de 19)5, qui cite une phrase de Raymond sur ce lien difficile entre la poesie et Tètre sociale et historique : « "on estimerà probablement que jamais en France [...] une école de poètes n'avait confondu de la sorte, ci très consciemment, le problème cruciai de l'ètre" »1'. L'élre el la vie constituenl le véritable pari de la littérature dans la vision de Carlo Bo. Et c'esl parce qu'il est arrive a repérer celle voix dans le surréalisme que le crilique Carlo Bo n'a plus de réserves : il reconnaìl dans le mouvemenl surréalisle un espoir imporlanl, fonde sur l'inlensilé de la recherche. En 1937, il écril : « le surréalisme esl l'aventure par excellence, un syslème de vie dont Rimbaud a parie approximativemeni. En dehors du temps [...]. Aujourd'hui ils viveni sur \efutur »18. C'esl sur la base de celle conscience qu'il affirme qu'il ne faut pas faire atlention a des résultats immédiats et, a bien voir, superficiels, parce que le véritable mouvemenl vilal du surréalisme réside dans son inspiralion, et non pas dans les gestes. Les surréalistes, pour Carlo Bo, sont capables de prouver la véracité de son espoir d'une littéralure baule. Il écril que les surréalisies « foni de la promesse de la vie, la vie méme [...] ils hai'ssenl loul compromis avec Vartisanat, parce qu'ils ne soni pas sollicilés par la facile consolalion d'oblenir des données méconnues »19. Une fois que les surréalisles onl compris que le fameux « changer la vie » de Rimbaud ne devait pas étre interprete en eie d'aclion matérielle el sociale (et cela se passe en 1935, lorsque le mouvement rompi avec le parti communiste francais), ils onl repris le chemin de la recherche de celle voix qui dépasse le momeni hislorique, el une voix qui esl lissée dans l'hisloire de l'expression poélique el lilléraire.
Le surréalisme comme la vie
Au-delà des conlingences el des manifestations momentanées, donc, le crilique Carlo Bo esl a la recherche d'une lilléralure qui dépasse une connolalion puremenl hislorique, qui aille au-delà des concepls de l'originalilé, pour se focaliser sur l'expression de celle voix. En effel, dans
17. Carlo Bo, « Storia e motivi del surrealismo -1 », p. 323. En italique dans le texte. 18. Carlo Bo « Storia e motivi del surrealismo - il » [1937], p. 330-331 : « II Surrealismo è l'avventura per eccellenza, un sistema di vita a cui male o almeno confusamente ha alluso un Rimbaud. Fuori dal tempo [...]. Oggi vivono su\ ». 19. Ibid., p. 331 : « Fanno della promessa della vita la vita stessa [...] odiano qualsiasi compromesso Ae\\'artigianale, in quanto non sono sollecitati dalla facile consolazione d'ottenere dei dati conosciuti ».
133
'introduction a son anthologie de la poesie francaise contcmporaine (1952), io se confronte a la thématique de la veine, de la motivation de la poesie : a poesie doit-elle étre guidée par une veine lyrique pure, une àme qui ranscende le temps, ou bien peut-elle subir les influences de son temps, le Phistoire ? Évidemment Bo se range du còte de la pureté et de l'atemxiralité. En parlant d'Apollinaire, qui ouvre son anthologie, Bo écrit qu'
a partir de son nom, il est possible de dériver deux modes d'introduction au domaine poétique, l'un valable et intérieur ; l'autre compose par les nécessités mémes du temps et donc conclu dans les couleurs approximatives d'une histoire de quelque fa$on banale et superfìcielle20.
Toutefois, il ne faut pas interpréter cette « urgence spirituelle » en eie purement transcendante et abstraite. La poesie, selon Carlo Bo, part de la réalité et elle se manifeste dans la réalité, méme si elle vient de plus loin. Dans cette conception nous pouvons reconnaìtre dans Carlo Bo un grand lecteur de Pierre Reverdy, le poète qui a involontairement fonde la poétique des surréalistes fondée sur l'image, avec son célèbre article de 1918 :
L'image est une création pure de l'esprit. Elle ne peut naìtre d'une comparaison mais du rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées. Plus les rapports des deux réalités rapprochées seront lointains et justes, plus l'image sera forte - plus elle aura de puissance emotive et de réalité poétique. Deux réalités qui n'ont aucun rapport ne peuvent se rapprocher utilement. Il n'y a pas création d'image2'.
Bo n'hésite pas a citer des noms : il insère dans la vague influencée >ar les « couleurs changeantes et approximatives » des poètes comme A-ndrars, Vildrac, Soupault et, surtout, Cocteau, pour lequel Bo ne cache >as une evidente antipathie, comme le démontrent plusieurs passages dans esquels il attaque l'écrivain francais : « Cocteau, par exemple, jugera sufisant de reagir avec des astuces d'humour et des variations nuancées de entiment, mais je ne sais pas quelle part le temps sauvera de sa poesie »21. Dans cette affirmation il faut lire, encore une fois, une conception otalisante et haute de la littérature chez Carlo Bo, qui démontre très clairenent sa méfiance aux égards de tout ce qui est purement ou en prévalence node, de ce qui est passager. Dans ce contexte il oppose a Cocteau, poète lejà très célèbre dans les années cinquante, deux exemples de poètes qui ravaillent sur des exigences spirituelles, Michaux et Éluard :
Des poètes comme Cocteau ignorent la vraie nouveauté et il suffit comme épreuve une prompte confrontation avec un Éluard ou un Michaux ; ces deux derniers poètes ont choisi la seule voie possible et ils ont travaillé a résoudre dans le texte l'obscur discours qui formait l'entité de leur urgence spirituelle22.
Ce n'est pas anodin, par conséquent, que Carlo Bo refuse la dimension de l'abstraction, pour souligner le « tremplin » du quotidien pour la recherche spirituelle : le quotidien doit servir au poète comme point de départ pour comprendre son vide, un manque, une ignorance et, anime par l'esprit qui animait le philosophe de Platon ou d'Aristote, le poète doit partir a la recherche de réponses. En effet, a propos de Pierre Reverdy, Bo écrit :
La vérité finalement se trouvait dans le vif de ce courant établi entre la science quotidienne de notre personne et l'infini obscur de notre ignorance : le poète, en cédant a ce courant préexistant en pleine conscience court le risque d'obtenir un faisceau de lumière, cette nouvelle matière méconnue, un fragment de poesie24.
Nous trouvons dans cet amour pour Reverdy, pour sa formulation de l'image poétique - parce que Bo aussi parie de bouts de lumière correspondants a des fragments de poesie - la véritable source de l'intérét du critique littéraire pour le surréalisme. La force du poète consiste justement a trouver une voix qui peut avoir la forme de l'histoire, mais dont la motivation et le contenu dépassent cette volubilité ; le poète doit rendre chorale cette voix seule et unique : « toute voix, et donc la voix méme du poète, a
Carlo Bo, Nuova poesia francese, p. XI : « In sostanza, dal suo nome [Apollinaire] è lecito derivare due modi d'introduzione al dominio poetico, uno valido e intcriore e l'altro composto dalle necessità stesse del tempo e quindi assolto nei colori approssimativi di una storia in qualche modo banale e superficiale ». Ibid., p. XII : « Un Cocteau, per esempio, crederà sufficiente reagire con degli accorgimenti di umore e delle variazioni a colore sentimentale, ma non so quanto, il tempo, salverà della sua poesia ». Carlo Bo, Nuova poesia francese, p. XIII : « Poeti come Cocteau ignorano la vera novità e basti come prova un confronto fulminante con un Éluard o con un Michaux ; questi ultimi due hanno scelto l'unica strada possibile e hanno lavorato a risolvere sul testo l'oscuro discorso che formava il numero della loro stessa urgenza spirituale ».
23. Pierre Reverdy, « L'image » [Nord-Sud, n° 13, Mars 1918], in Nord-Sud, Sei/de/enee et aufres écrits sur l'art et la poesie, Paris, Flammarion, 1975, p. 73-75. 24. Carlo Bo, Nuova poesia francese, p. XVI : « La verità infine si trovava nel vivo di questa segreta corrente stabilita tra la scienza quotidiana della nostra persona e l'infinito oscuro della nostra ignoranza : il poeta cedendo a questa corrente stabilita avanti in piena coscienza corre il rischio di ottenere un numero di luce, questa nuova materia ignota, un frammento di poesia ».
l'iinìtl (.olitili I
li')
tendance a un écho generai, vers cet état de collaboration universelle qui a eu dans Lautréamont le premier tenant »25. Une voix qui ne doit pas étre complètement détachée de la réalité, corame il l'écrira dans son ouvrage, L'Absence, la poesie de 1945 :
La poesie commence dans la réalité commune interrogée, d'un rapport qui va au-delà des sensations et qui ne doit pas s'arrèter au sentiment : la poesie continue dans la voie perdue, méconnue, ouverte a l'interrogation, de cet état initial et inévitable d'attente26.
C'est dans le contexte de la définition de la voix et de la littérature corame vie qu'après 1937, Bo parie de Breton et de son travaii « universel » sans pairs, qui se manifeste en une valeur esthétique et philosophique uniques :
II vaut la peine de souligner en lui [BretonJ la partie de travaii de médiation, d'activité de l'extérieur, de facon a valoriser ses qualités pratiques de collaboration et de sollicitation. Trop nombreuses sont ses inventions [...]. Breton a inventé non pas une nouvelle formule de poesie, mais il a postula une révolution totale du monde, en cherchant a obtenir d'une nouvelle forme de la personne méme non une histoire a reprendre dans la mesure de la vieille rhétorique, mais en vertu de la lumière fulgurée d'une essence humaine27.
que Bo aiinc clans le surréalismc n'cst pas le fait d'ctrc communiste (mot qu'il ne prononce cl'ailleurs jamais dans ses éerits) ; mais son messagc et sa rccherche, qui rcproduisent la recherche de tout homme confrontò aux grandes questions qui l'élèvent au-dessus de la contingence historique : quelle est le limite entre réalité et surréalité ? Où est-ce que l'imagination humaine prend fin pour laisser la piace a la réalité tangible ? Y a-t-il une réalité objective ou tout le réel ne serait-il qu'une émanation de la vision humaine ? C'est parce que Carlo Bo s'est pose ces questions sur le surréalisme qu'il faut relire ses textes ; c'est parce qu'il a eu le courage de considérer la littérature corame valeur absolu et suprème. La méthode critique, que nous avons vue dans la définition de la lecture, doit étre également absolue, attentive, ouverte. Chez Bo la vie assume une valeur profonde seulement gràce a la transfiguration et a la sublimation faites a travers la littérature. C'est avec ce but ambitieux et peut-étre utopique qu'on peut comprendre la littérature corame vie de Bo et sa vision presque transcendante de la recherche surrealiste.
ILLE - Imtitut de recherche en langnes et littératures européennes Université de Haute-Alsace
L'idèe et l'étude de Carlo Bo sur le surréalisme ne présentent peutétre pas l'originalité de l'oeuvre de Marcel Raymond, surtout au niveau de l'histoire littéraire. Néanmoins, il vaut la peine de redécouvrir cette oeuvre critique pour deux raisons : la première, c'est que Carlo Bo a été presque le seul qui, en plein fascisme en Italie, a su développer un amour pour le surréalisme, un amour purgé de toute implication politique. Ce
25. Ibid., p. XVII : « Ogni voce, e quindi la voce stessa del poeta, tende a un'eco generale, a quello stato di collaborazione universale che ha avuto in Lautréamont il primo sostenitore ». 26. Carlo Bo, « Nozione della poesia », L'assenza, la poesia, Milano, Edizioni di Uomo, 1945, p. 72 : « La poesia ha inizio dalla realtà comune interrogata, da un rapporto che va oltre le sensazioni e non deve arrestarsi a] sentimento : la poesia continua nella strada irreperibile, sconosciuta, aperta dall'interrogativo, da quello stato iniziale e inevitabile di attesa ». 27. Carlo Bo, Nuova poesia francese, p. XVIII : « Vale invece illuminare in lui [Breton] la parte di lavoro mediato, di attività dall'esterno, in modo da valorizzare le sue qualità pratiche di collaborazione e di sollecitazione. Sono troppe le sue invenzioni [...]. Breton ha inventato non un nuovo modo di poesia ma ha postulato bensì una rivoluzione totale del mondo, cercando di ottenere da una forma nuova della stessa persona non una storia da riprendere nella misura della vecchia rettorica, ma per la luce folgorata di una essenza umana ».